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Depuis quelques années on assiste au retour de la peinture, longtemps mise de côté au profit de disciplines plus «innovantes», «technologiques» ou «interactives» ; elle n’est pourtant pas en voie de disparition.
La peinture a toujours été et sera toujours un lieu privilégié de la création, de par la singularité de ses «re»ssentir. Elle est «par» et «dans» les sens.

Et c’est de cela dont on parle, de sens, de sensualité, il n’y a qu’à poser les yeux sur les peintures de Noémie Lantil, pour en être persuadé ; ici tout n’est qu’un appel à la stimulation sensuelle.

Des portraits aux grands nus, ses oeuvres attisent tout d’abord le regard, le désir du spectateur, puis ils l’enflamment.

Ses peintures sont enjôleuses, parées de feuillets d’or, de motifs aux courbes enivrantes qui répondent à ces autres courbes, celles de la chute de reins d’une femme languissante, à la manière des grandes odalisques qui peuplent depuis toujours l’imaginaire des Hommes.

Hommes qu’elle ne laisse ni indifférents, ni en reste, puisqu’elle les «croque», les portraitise, essayant de capturer une essence. D’abord celle de ses modèles avec qui elle tisse un lien relationnel crucial à ses yeux, puis sous le joug de son pinceau quelque chose de moins réel mais infiniment plus charnel : ce qu’elle nomme «l’homme et la femme d’aujourd’hui» les übersexuels.

Elle essaye ainsi d’inscrire, de fixer sur sa toile, le mouvant, l’interrogation au centre de bien nombreux livres et débats actuels : «Qu’est ce qu’être un homme ou une femme aujourd’hui?»

Mais ici, exit le combat et la guerre des sexes, hommes et femmes se partagent la même planète comme ces peintures partagent le même mur, l’un lové contre l’autre, et c’est dans la singularité de leurs sexes qu’ils se répondent et se complètent le mieux.

Avant tout ils s’assument, s’affichent, débordent des simples cases dans lesquelles on a voulu les faire entrer. C’est sans doute pour cela que dans les peintures de Noémie Lantil, la touche picturale se fait si libre, si expressive, presque rococo, baroque, sertie d’or comme des icônes, des sortes de portraits idéaux.

Portraits, que depuis quelque temps déjà, elle dépayse, les incluant dans un monde des plus humain : c’est à dire le tissu urbain, celui qui habille si bien ceux et celles dont elle a fait son motif. Dans les rues ou sur les bords du canal Saint Martin, on ne sait plus s’ils parent, habillent cette ville ou simplement l’habitent de leur présence étrangement «é-mouvante».

Alexandra Pitault